-www.hibbouk.com
-


Le second souffle.
27 janvier 2014

Bannir le spectaculaire, mais observer et restituer la poésie, si grave soit-elle,
de chaque tuile secouée, de chaque ondulation du décor, lorsque la terre se met à trembler.
Parler de courage sans sombrer dans l'héroïsme, et saisir la somme de petites actions spontanées
d'une humanité qui vient de basculer dans une autre réalité, instable, imprévisible, et qui tente d'y faire face, simplement.
Faire vivre une histoire d'amour par la seule contemplation de chaque mouvement, de chaque respiration, de chaque contact.

Personne n'avait jamais, à l'écran, posé la couverture sur un corps endormi avec autant de justesse.

Tout, dans ce dernier film, parle du dessin, et du mouvement.
Aucune image réelle n'aurait pu la raconter, cette histoire.
Parce que rien ne vibre comme la main d'un dessinateur.
Et tout, dans ce dernier film, parle de l'art de son créateur.

De la confrontation à cette réalité qui, elle seule, peut lui permettre de se créer en tant qu'artiste,
mais aussi lui confisquer cette sensibilité, se l'approprier, et la transformer en une machine.
Pire, en arme de destruction.
De cette fascination pour l'outil qui va lui échapper.
Et puis du moteur lui-même, à savoir l'énergie créatrice.
De cette peur de la voir devenir une mécanique.
Et de l'errance qui survient lorsque ce moteur cesse de tourner.
De cette période après l'échec où le doute et l'inaction prennent le contrôle.
Jusqu'à la rencontre amoureuse grâce à laquelle le cerveau redevient une chambre de combustion.
L'homme renoue avec la création.
Mais redevient une usine.

Si les kamikazes sont absents, excepté dans le titre
("kamikaze" signifie "vent divin"),
la notion de sacrifice, elle, est présente d'un bout à l'autre du film.
Sacrifices humains qui donneront vie à un avion avec lequel des centaines de pilotes se sacrifieront à leur tour.
Dans ce vent qui se lève, les moteurs eux-mêmes ont des voix humaines.

Ce dernier film est sans aucun doute autobiographique.
Il est aussi extrêmement triste.
Et terriblement lucide.
Mais il fait de son auteur un observateur attentif d'une générosité fascinante,
qui rend hommage, à travers chaque image,
à tout ce qui vit, se lève, bouge, marche, cours, s'évanouit, glisse, ondule, éfleure, caresse, percute,
vibre, tremble, se déchire, se disloque, aime, s'effondre, ou s'envole.

Et puis il y a cette phrase, implacable.
« Une vie de créateur, que l'on soit artiste ou ingénieur, ne dure que dix ans.
Il faut savoir profiter au mieux de cette décennie-là. »
Elle est belle, cette phrase.
Elle illustre peut-être une réalité, sans aucun doute une angoisse, bien réelle,
pour beaucoup de créateurs.

Sauf qu'en un film, Hayao Miyazaki vient, très exactement, de prouver le contraire.
...