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S.N.A.C
26 mai 2010

Ça fait des mois que je résiste !!
Pourtant, je ne suis pas du genre à prendre ma carte,
ni à défiler, ni à me plaindre, ni à voter Mao...
Des mois que je me répète que le Grand Méchant Marché de l'édition est ce qu'il est,
que les éditeurs ne sont pas (forçément) responsables,
qu'il y a des variables X et Y partout,
que c'est trop facile de dire que le statut d'auteur est de plus en plus précaire !
Bon, bien sûr, on a perdu le salaire fixe de nos aînés,
on n'est ni intermittents, ni salariés,
on n'a pas le droit au chômage,
on touche des droits d'auteur à partir de 15000 exemplaires vendus
sur des albums tirés à 5000 exemplaires.
Oui, mais on est des auteurs de bande dessinée, et c'est la classe :
qu'on crève de la grippe A, de faim ou de fatigue,
on aura eu une vie courte, mais brillante.
N'empêche !
Quand les éditeurs se mettent d'accord pour casser le marché
avec des livres numériques vendus à 2 €uros ;
pour clamer que le numérique n'est pas d'une adaptation mais bien le même objet que le livre papier,
tout en pleurant que chaque livre réclame une adaptation coûteuse ;
pour nous proposer royalement 8% de rémunération, comme sur un livre à 13 €uros,
pour un fichier numérique à 2 €uros,
et nous demandent de céder nos droits numériques pour la durée de la propriété littéraire et artistique,
à savoir 70 ans après notre mort,
tout en admettant que personne ne sait ce que sera devenu le marché du livre dans 10 jours ;
quand ils osent, à court d'arguments,
menacer de remettre en question les avances sur droits,
nous coupant de notre seule rémunération,
prétextant que la majorité des albums n'est pas rentable pour eux,
la cocotte-minute qui me sert de cerveau vire à la bombe à fragmentation !
Je n'ai pas envie de m'abaisser à demander à certains éditeurs* de m'expliquer comment,
avec une majorité d'albums qui ne sont pas rentables,
ils réussissent à se placer parmi les 200 plus grosses fortunes de France...
Mais j'ai quand même l'impression
que quelqu'un cherche à me mettre les variables X et Y
là où personne n'a jamais mis le doigt !

Partant de là, il ne reste que 4 solutions :
a) Jouer à Half Life avec la tête d'un éditeur (choisir au hasard, rien de personnel)
b) devenir éditeur
c) prendre sa retraite
d) oublier que le cinéma de Kazan est franchement mieux que celui de Ken Loach,
et se regrouper au sein d'un syndicat, pour lutter, autant que possible.

Vu que mon scénariste actuel, Kris, est membre fondateur du Syndicat des Auteurs de Bande Dessinée,
Vu qu'un de mes futurs scénariste, Sylvain Ricard, est lui aussi membre du comité de pilotage,
membre du conseil syndical et vice-président du syndicat,
il aurait été normal que je ne choisisse pas la dernière solution !

Et bien malgré ça, j'ai rejoint les rangs du
Syndicat National des Auteurs Compositeurs,
Section Auteur, Division Schtroumpf.

Seulement voilà, ne plus croire bêtement le discours des éditeurs,
c'est un peu comme arrêter l'héroïne,
ça demande d'évacuer régulièrement une bonne dose d'énergie !
Alors quand un membre est sur le point de craquer,
il hurle un bon coup. Ou alors il trouve un exutoire.
Vehlmann se venge sur Bob le Cowboy,
James trempe son humour dans l'acide et analyse de façon très pertinente l'argumentation du camp adverse.

Et parce que les éditeurs sont de grands enfants,
j'ai choisi d'utiliser leurs personnages préférés
pour tenter de leur expliquer la différence
entre un livre et un écran...




* Finalement, je ne donnerai aucun nom...